[Found on the Web: An article on my dear Pater Familias]
John Lackey Brown, public diplomat par excellence
Abstract
American public diplomacy is a hard-to-define but often-used phrase which refers to the ways in which Washington seeks to influence domestic and foreign audiences through semi or unofficial channels. Throughout the 20th century, it has taken on various forms. Some argue public diplomacy is a euphemism for white propaganda. Others claim it is an alternative form of diplomacy. This study tackles the issue by delving into the life of a much-hailed but wildly understudied public diplomat: Dr. John Lackey Brown.
During the later years of the First World War, the Creel Committee generated propaganda which, given today’s standards, appears too simplistic to be efficient. During the Cold War, however, the United States Information Agency devised more subtle ways to "tell America’s story to the world." The use of culture as a weapon to win over hearts and minds is well-documented. Less documented, however, is the study of public diplomats who did not see themselves as propagandists. This article is therefore an inquiry of what made John Lackey Brown a public diplomat. I argue that it was not the tasks that he performed on the job per se that generated good public diplomacy.
Index terms
Mots-clés :
guerre froide, diplomatie publique, propagande, diplomatie, attaché culturelOutline
Full text
- 1 Les spécialistes de la propagande dénombrent trois types de propagande : blanche, grise et noire. L (...)
1Au sein d’un numéro entièrement consacré aux "formes de la diplomatie", convient-il de parler de public diplomacy ? Assurément, conviennent certains, puisqu’il s’agit d’une diplomatie alternative, comme son nom l’indique. Que nenni, clament d’autres, puisqu’on est en présence d’une propagande blanche,1 habilement déguisée sous une appellation inoffensive. D’aucuns estiment que le débat n’a pas lieu d’être puisque nul n’est d’accord sur ce que le terme désigne : un seul et même label (public diplomacy) recouvrerait des pratiques fort différentes (marketing, relations publiques, politique culturelle, etc.)
2Par ailleurs, et puisque cet article est rédigé en français, une autre considération linguistique est à prendre en compte. Est-il vraiment utile d’introduire une expression étrangère de plus dans la langue ? Ne peut-on pas parler de "diplomatie publique" ?
- 2 Voir le chapitre de Lucien Bély dans le présent volume.
3Ces querelles de chapelle et bien d’autres encore divisent la communauté de praticiens, d’experts et de chercheurs ayant en partage l’objet civilisationnel public diplomacy, comme en atteste la littérature la plus récente (Anholt 2009, Brown 2008, Cull 2008). En revanche, pour les spécialistes de la diplomatie, ces guerres intestines n’ont aucun sens. En effet, bon nombre d’entre eux ne conçoivent pas la public diplomacy comme une forme de diplomatie au sens traditionnel du terme.2 Au mieux, elle est considérée hors champ (Sharp 2009, 266-292). Une étude portant sur la public diplomacy des États-Unis sera donc lue de manière très différente selon la tradition à laquelle se rattachent les lecteurs. C’est la raison pour laquelle nous demandons à ceux-ci de suspendre momentanément tout préjugé, et mettre de côté toute idée préconçue. Si cela était possible, il faudrait commencer par considérer la public diplomacy comme terra incognita.
- 3 Selon le dictionnaire en ligne Oxford Dictionaries l’expression fait référence à ceux qui s’exprime (...)
4C’est à cette condition que cet article propose de dresser une vue d’ensemble des pratiques (diplomatiques ou non) aujourd’hui regroupées sous le label public diplomacy. Après ce survol de reconnaissance, on envisagera quelques exemples précis : la propagande crue du Creel Committee lors de la Première Guerre mondiale, puis des literati tels John Lackey Brown lors de la guerre froide. Notons que celle-ci précède l’avènement de réseaux virtuels et de ses virtuoses (Twitterati)3 en cette période contemporaine.
- 4 Selon l’expression italienne, traduttore, traditore.
5Parler de "diplomatie publique" serait trahir le phénomène originel,4 et placer d’emblée le terme dans le camp de ceux qui voient en lui une forme de diplomatie. De plus, ce serait introduire une confusion supplémentaire en langue française, puisque les termes 'publique' et public ont des résonnances très différentes de chaque côté de l’Atlantique (Holtzman 2002). Au risque de déplaire aux puristes de la langue, nous choisissons donc de ne pas traduire cette appellation, afin de préserver l’objet d’étude tel qu’il est. Tout au long de cette étude, nous parlerons donc bien de public diplomacy et non de 'diplomatie publique'.
6A défaut de partir de l’hypothèse que le terme peut être inclus dans le canon institutionnel de la diplomatie, on s’interrogera sur le sens de la résurgence récente de la public diplomacy américaine, à la fois en tant que phénomène linguistique et en tant que pratique. En d’autres termes, une première approche de la public diplomacy des États-Unis passera par son signifiant pour dégager les contours de possibles signifiés. Il conviendra ensuite de se pencher sur les rôles (réels et imaginés) que jouent les acteurs de la public diplomacy des États-Unis. Ces acteurs et leurs méthodes permettront à une grande variété de lecteurs de comprendre ce que sont les praxen multiples de la public diplomacy. Il faudra aussi envisager l’appréhension du phénomène dans son contexte : un environnement international changeant ne cesse de modifier la donne en matière de public diplomacy. Le monde multipolaire dans lequel nous évoluons aujourd’hui n’est pas comparable aux confrontations Est-Ouest d’une époque révolue, où le monde était bipolaire et où la public diplomacy des États-Unis prenait son envol. Par extension, les public diplomats de la guerre froide furent très différents de ceux que l’on ne nommait pas encore ainsi lors de la Première Guerre mondiale.
- 5 Au-delà de Twitter au sens strict, on remarquera que le site du département d’État des États-Unis i (...)
7A ce titre, on pourra se demander si la perméabilité et l’inclusivité que permettent aujourd’hui les réseaux sociaux ne conviennent pas davantage à la public diplomacy des États-Unis (Comor & Bean 2012, 203-220). Pour propager une certaine image états-unienne à des fins de politique étrangère, les réseaux sociaux ne pourraient-ils pas remplacer les interactions sociales ? Les Twitterati5 de demain viendront-ils supplanter les literati de naguère, tout comme ceux-ci avaient eux-mêmes remplacé les propagandistes du Creel Committee ?
8Afin de baliser cette étude, envisageons plusieurs temps. En premier lieu, nous nous remémorerons les événements et le cadre spatio-temporel qui ont permis une renaissance de la public diplomacy, à la fois comme vocable et comme pratique. Ceci nous mènera logiquement à passer en revue certaines méthodes utilisées par les membres du Committee on Public Information, précurseurs de la public diplomacy américaine. Nous nous intéresserons ensuite à John Lackey Brown, figure incarnant l’idéal du public diplomat lors de la guerre froide. Nous terminerons en nous interrogeant sur la place et le rôle que jouent aujourd’hui la technologie et les réseaux sociaux dans la diffusion de l’image états-unienne.
Récente résurgence de la public diplomacy des États-Unis
9Le 11 septembre 2001, deux avions de ligne s’écrasaient contre les tours jumelles de Manhattan (Schmeman 2001). Détournés de leur fonction première par des terroristes kamikazes, ces deux aéronefs devenaient de véritables missiles. Les Twin Towers, phalliques tours évoquant la puissance commerciale et financière des États-Unis, étaient réduites en poussière. Le Pentagone, où travaillaient quotidiennement les plus hauts gradés des cinq composantes de l’armée américaine était lui aussi en partie détruit. Le département de la défense se voyait amputé. On peut imaginer que les pirates de l’air du vol UA 93 qui s’écrasa dans un champ en Pennsylvanie s’étaient donné pour mission de précipiter l’avion de ligne qu’ils avaient détourné sur la Maison blanche. Si telle était leur cible, et si le lieu où siège l’exécutif américain avait été touché, alors les États-Unis auraient été symboliquement décapités.
10Pour la première fois depuis Pearl Harbor, l'Amérique était victime d'une agression extérieure sur son propre sol. Le nombre de morts était certes élevé. Ces attentats, fulgurants, semblaient sortis de nulle part. Mais plus encore, il y avait atteinte à un mythe. Emasculé, estropié et découronné, le colosse américain semblait comme hébété d’avoir été pris par surprise en sa propre demeure. Alors que commençait un siècle nouveau, pour le reste du monde mais aussi pour elle-même, l’Amérique n’était plus invulnérable.
11George W. Bush s’interrogea publiquement sur les origines de cette attaque. Notant la très faible cote de popularité dont la nation américaine jouissait à l'étranger, il fit l’annonce qu’un chantier d’envergure serait lancé pour restaurer l'image internationale du pays (Gordon 2001). Bush fils prit donc la décision de ne pas répondre à l'anti-américanisme ambiant en changeant de politique étrangère. Sa réaction fut plutôt analogue à celle d’un directeur marketing choisissant de maintenir la marque et le produit (Carlson 2001), mais de lancer une nouvelle campagne de publicité.
- 6 A l’origine, toutes les agences de publicité de New York se concentraient sur Madison Avenue.
12Pour façonner l'image des États-Unis et en assurer la projection extraterritoriale, il fit successivement appel à trois femmes au poste de sous-secrétaire à la diplomatie et aux affaires publiques. Charlotte Beers, la première, venait de Madison Avenue.6 C’est donc par le biais de campagnes publicitaires qu’elle tenta de modifier la perception que le reste du monde avait des États-Unis. Force est de constater qu’elle n’eut guère de succès. Invoquant des problèmes de santé, elle posa sa démission en 2003. Margaret Tutwiler, la seconde, était spécialiste de relations publiques, et c’est donc l’approche qu’elle privilégia pour façonner l’image états-unienne. Face à l’ampleur de la tâche, elle démissionna au bout de six mois. Pour la remplacer, George W. Bush nomma à sa suite Karen Hughes, aide de camp loyale dans de précédentes campagnes. Journaliste de télévision et conseillère politique confirmée, elle choisit de se mettre elle-même en scène pour incarner l'image des États-Unis. Toutefois, selon les chiffres dont nous disposons (Wike 2007), son action ne remédia pas plus à l'impopularité des États-Unis que celle de ses prédécesseurs.
13En revanche, la nomination successive de ces trois femmes permit à la notion même de public diplomacy d’imprégner durablement l’espace médiatique américain en la première décennie du XXIème siècle. En effet, pendant ces dix années, le New York Times recense à lui seul pas moins de 283 articles contenant l’expression exacte public diplomacy. À titre de comparaison, de 1851 à 2001, seulement 117 articles du New York Times contenaient cette même expression, soit dans le titre, soit dans le corps de texte. En d’autres termes, sur cette période de cent cinquante ans, on dénombrait en moyenne trois articles tous les quatre ans, avec des variations notables. Dans la décennie qui suit les attentats terroristes du 11 septembre 2001, on en trouve 37 fois plus.
14Ces chiffres sont éloquents, mais ils ne font que révéler la prégnance récente du terme public diplomacy dans une certaine sphère médiatique aux États-Unis. Dit autrement, ces données quantifiables ne nous renseignent pas sur le(s) sens que l’on attribue à l’expression public diplomacy.
15Au-delà de la dichotomie développée dans l’introduction (diplomatie parallèle / propagande édulcorée), qu’entend-on aujourd’hui par public diplomacy ? Pour les universitaires, les définitions sont très nombreuses : le 6 décembre 2011, lors du colloque intitulé "Quand la diplomatie devient un exercice public" organisé par le Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI) à Paris, le spécialiste néerlandais Jan Melissen recensait pas moins de cent cinquante définitions différentes (Melissen 2011). Certaines insistent sur les acteurs de la public diplomacy (qui façonne l’image des États-Unis ?), d’autres sur ses méthodes (comment façonner celle-ci ?), d’autres encore sur sa visée (auprès de quel public et dans quel but ?). On peut aussi faire remarquer que les définitions se complexifient avec le temps.
- 7 Cette dichotomie remonte à la classification du philosophe William James, qui s’appuyait sur le car (...)
16Pour les praticiens, la définition dépend largement du corps de métier à laquelle ils appartiennent. Il est en général coutume de classer les pratiques en deux philosophies antagonistes : d’un côté se trouvent les réalistes (tough-minded en anglais), et de l’autre les idéalistes (tender-minded).7 L’usage qui est fait de l’image des États-Unis pose des questions de déontologie. Les réponses à ces questions apportées par les réalistes se résument en l’adage suivant : la fin justifie les moyens. Ces derniers évoluent dans une dimension informationnelle et une temporalité courte. Nombre d’entre eux opèrent dans l’espace médiatique. Prenons quelques exemples.
- 8 Voir par exemple les travaux récents de Simon Anholt, qui rebaptise le phénomène place branding.
- 9 Auquel cas on trouve parfois l’appellation strategic communication.
17Pour certains consultants et les cabinets de conseil auxquels ils sont rattachés, la public diplomacy consiste à jouer sur l’image d’un pays afin de gérer la réputation de celui-ci, comme s’il s’agissait d’une marque.8 Pour l’armée des États-Unis, les médias constituent un espace analogue à celui du terrain, qu’il faut occuper avant que l’ennemi ne le fasse.9 Comme l’exprime une vétéran de la Guerre en Irak :
[I]t became obvious that early engagement of public diplomacy can result in a decided advantage in both the definition of the information battle space and occupation of the information terrain. In the 21st century information age it is clear that public diplomacy is becoming as important as land, air, and sea warfare. (Urrutia-Varhall 2002, iv)
18Pour les journalistes qui participent (parfois malgré eux) à l’image que le lectorat se fait d’un pays, cet espace médiatique est un terrain virtuel où ils sont amenés à pratiquer leur métier. Celui-ci est régi par une double contrainte : d’un côté un code éthique et de l’autre, une pression temporelle quotidienne et sans cesse exacerbée. Spécialistes des relations publiques, militaires et journalistes, dont la visée est réaliste, fonctionnent sur le mode d’une public diplomacy informationnelle où la mesure temporelle est infiniment courte.
19En cela, ils s’opposent aux idéalistes (tender-minded) pour qui la dimension relationnelle prime. Ce type de public diplomacy inscrit ses actions dans la durée, auprès de groupes choisis. Ainsi l’attaché culturel, le diplomate des temps modernes et les régisseurs d’échanges et jumelages en tous genres (universitaires, culturels, sportifs, etc.) participent à l’élaboration d’une public diplomacy idéaliste. Ces praticiens, tout comme pour les précédents, se posent des questions d’ordre éthique. Les contraintes n’étant pas les mêmes, ils n’y répondent pas de la même manière.
20Réalistes et idéalistes, malgré leurs différences et leurs divergences, contribuent à façonner l’image des États-Unis. On parlera de public diplomacy quand cette image est commanditée (ou récupérée) par Washington car elle sert des intérêts de politique étrangère.
21Convenons donc ici d’une définition globale de la public diplomacy. Celle-ci désigne la propagation extraterritoriale de l’image états-unienne. Cette projection, directement ou indirectement commanditée par Washington, vise à façonner les opinions publiques mondiales à des fins de politique étrangère. Sa mise en œuvre peut être de nature gouvernementale ou privée.
- 10 Sur la plaque apposée à l’entrée du bâtiment qui hébergeait les bureaux de l’USIA à Washington DC, (...)
22Certains spécialistes ont pris pour habitude d’étudier l’histoire de la public diplomacy des États-Unis par le biais de ses institutions (Cull 2008, Brown 2015). Ainsi, on distinguera le Committee on Public Information (CPI, 1917-1919), l’United States Information Agency (USIA, 1953-1999) et plus récemment le sous-secrétariat à la public diplomacy sous l’égide du Department of State (DoS, 1999 mais de facto depuis 2001). Ces institutions, qui régirent et régissent encore l’organisation de ce qu’il est désormais convenu d’appeler public diplomacy, furent créées dans des périodes de guerres, avant d’être démantelées une fois celles-ci terminées. Les périodes sont inégales, et les paradigmes différents : le CPI, dont la durée de vie dépassa à peine deux années, avait pour vocation de convaincre l’opinion publique américaine qu’il était du devoir des États-Unis de jouer un rôle actif lors de la Première Guerre mondiale. Puis, pendant près d’un demi-siècle, l’USIA se donna pour objectif de gagner les cœurs et les esprits en "racontant l’histoire des États-Unis au reste du monde ".10 Lors de la guerre froide, deux blocs rivaux aux idéologies antagonistes s’affrontaient indirectement. En effet, la menace terrifiante et dans le même temps irréaliste du recours à la bombe atomique rendait toute confrontation directe impossible, ce qui déplaçait les conflits en d’autres lieux. Par extension, le combat n’était plus le simple apanage des militaires. Le sport, la culture, les idées devenaient ainsi des espaces où cette confrontation se prolongeait. Une fois la guerre froide terminée, l’USIA fut considéré comme un vestige inutile et coûteux. Par conséquent, cette institution fut démantelée.
23Le retour de la public diplomacy, à la fois comme vocable et comme ensemble de pratiques, est dû aux attentats terroristes du 11 septembre 2001. Anciens praticiens de tous bords furent mis à contribution pour répandre l’idée que la public diplomacy permettrait aux États-Unis de gagner la "Guerre contre la terreur" tout comme la guerre froide avait été gagnée.
Le Comité Creel
- 11 L’expression est ici utilisée de manière anachronique. Certains (Cull 2008) attestent que c’est en (...)
24Envisageons maintenant le type de public diplomacy11 pratiqué par le comité Creel. Les citoyens américains ont la propagande en aversion. C’est à la suite de la Grande Guerre que cette méfiance vis-à-vis du contrôle de l’information par des instances étatiques se manifesta pour la première fois (Brown 2003).
25Le 13 avril 1917, Wilson signa le décret présidentiel EO 2594.12 Celui-ci autorisa la création du Committee on Public Information. Aux yeux du président américain, un tel comité était préférable à la traditionnelle censure habituellement opérée en temps de guerre. Qui plus est, Wilson pensait que c’était le seul moyen de faire face à la propagande de l’Empire allemand, l’Autriche-Hongrie, l’Empire ottoman, et du Royaume de Bulgarie.
26Ce comité était composé de différents ministres (Affaires étrangères, Guerre, et Marine), mais aussi et surtout d’un civil, à qui revint la charge de directeur. Wilson nomma George Creel à ce poste. Creel était journaliste de métier et Wilson voyait en lui une personne digne de confiance. En effet, Wilson et Creel étaient des amis de longue date, et ils partagaient les mêmes opinions politiques (Guth 2002).
27Au-delà des frontières américaines, le CPI se devait de convaincre les opinions publiques étrangères que les États-Unis seraient un allié fort et fiable, capable de vaincre l’Allemagne et de créer les conditions pour qu’une nouvelle ère démocratique voie le jour. Au sein de ses propres frontières, le Creel Committee tenta de convaincre le peuple américain de la nécessité d’accepter et de financer la Grande Guerre.
28Creel persuada Wilson qu’afin de permettre au CPI de mener sa mission à bien, il était nécessaire d’avoir recours à différent vecteurs : d’une part, l’industrie des médias, de l’autre, celle du divertissement. Ces industries participeraient à la dissémination des messages conçus et autorisés par le CPI. En cela, il garantit que la propagande américaine serait différente de celle pratiquée par les Allemands.
29Toutefois, malgré la promesse de Creel, son comité eut largement recours à la fabrication, l’exagération ou encore la falsification de l’information (Manning & Romerstein 2004, 324). On sait que le comité Creel eut recours à la presse écrite pour diffuser ses messages. Mais la propagande ne pouvait s’adresser qu’au seul lectorat de quotidiens : au début du XXème siècle, le pourcentage de citoyens sachant lire n’était pas aussi élevé qu’aujourd’hui. Par ailleurs, pour faire appel aux émotions des citoyens américains (et non à leur intellect), d’autres supports étaient davantage appropriés.
30C’est la raison pour laquelle le CPI, en sus de la presse écrite, faisait appel aux documents iconographiques. Ainsi, les posters étaient couramment utilisés. Décrivons pour commencer le poster en annexe 1. Nous percevons la silhouette d’un soldat en ombre chinoise. Il porte un uniforme et tient un fusil dans sa main gauche. Son Pickelhaube ne laisse aucune ambigüité quant à sa nationalité. De sa main droite, il entraîne une jeune fille de force. Derrière eux, un village de campagne s’embrase. Le titre, Remember Belgium, nous indique le lieu où cette scène est censée s’être déroulée. L’image évoque clairement l’idée que des soldats allemands avaient violé de jeunes filles belges. Cette affiche de propagande a pour objectif de créer un sentiment de dégoût, de révolte et d’injustice, afin de convaincre les citoyens américains de l’importance d’acheter des Liberty Bonds, pour financer l’effort de guerre. Le sous-titre du poster est d’ailleurs Buy Bonds, suivi de Fourth Liberty Loan.
31Le 'Boche' était fréquemment dépeint par le comité Creel comme un barbare, comme l’atteste le poster en annexe 2, où le militarisme allemand prend la forme d’un gigantesque singe affublé d’un Pickelhaube, portant de son bras droit une allégorie de la liberté, captive et à moitié dénudée, et dans sa main gauche un gourdin ensanglanté baptisé Kultur. La bête sort de l’océan Atlantique et débarque sur le sol américain, alors qu’au loin on devine l’Europe en ruine.
32Le CPI va aussi dépeindre les Allemands comme des lâches, prenant les plus faibles pour cibles. Le poster suivant, en annexe 3, représente une mère se noyant, son enfant dans les bras. Il fait référence de manière implicite au navire Lusitania, coulé en 1915. Aux États-Unis en 1917, personne n’avait oublié cet incident.
33Les posters de propagande firent aussi appel au sens patriotique des Américains. En annexe 4, on trouvera un poster où un révolutionnaire américain, fusil à la main, défend "l’esprit de 1776". Le poster interroge les jeunes Américains : sauront-ils être aussi courageux que leurs ancêtres ? Toutefois, il ne leur est point demandé de prendre les armes, mais de contribuer à l’effort de guerre en achetant des obligations.
34D’autres posters jouent sur les peurs américaines. Le poster en annexe 5, par exemple, représente une statue de la Liberté décapitée, et New York en flammes.
35D’autres encore évoquent le désir sexuel. Le poster suivant (annexe 6) tente de convaincre les jeunes hommes américains que pour assouvir leurs viriles pulsions, il faut sortir de leur giron. Par analogie, il faut comprendre que l’Amérique, pour passer à l’âge adulte, doit sortir de son isolationnisme. Le poster manie l’ambigüité : une jolie demoiselle est vêtue d’un costume de la Marine, mais celui-ci était par ailleurs un costume très en vogue à l’époque. En jouant sur les mots, elle appelle les hommes simultanément à leur devoir et à leur désir, en formulant ces paroles : "I Want You for the Navy".
36Même si les techniques usitées par le CPI semblent dépassées aujourd’hui, il faut les replacer dans le contexte et la technologie de l’époque afin d’en mesurer toute la portée. Un poster en couleur, placé dans un lieu bien ciblé et suffisamment fréquenté, pouvait avoir un impact analogue à celui que fourniraient les nombreux écrans dont nous disposons aujourd’hui.
37Au-delà de la presse et des posters, l’industrie du divertissement était aussi utilisée pour convaincre l’opinion publique américaine de la nécessité de prendre part à la guerre. Toutefois, lors de la projection de films aux États-Unis, ce n’était pas seulement le contenu qui était conçu pour influencer le public, mais aussi l’entracte qui permettait au projectionniste de changer de bobines. Un volontaire (en général quelqu’un d’éloquent et de localement connu) mettait ces quatre minutes à profit pour expliquer, à vive allure, pourquoi il pensait que les États-Unis devaient entrer en guerre. Ces volontaires étaient appelés four minute men.
38L’impact de leur discours était d’autant plus grand que ce qui pouvait apparaître comme le simple point de vue d’un respectable citoyen au sein d’une communauté était de fait un effort national organisé et structuré avec soin. Un document produit par le comité Creel, intitulé Purpose and Plan of the Four Minute Men (CPI 1917), révèle l’ampleur de l’opération, ainsi que la minutie de cette organisation. Le comité regroupait 15 000 volontaires, régis par une discipline quasi-militaire. Ainsi, seuls les volontaires attitrés pouvaient prendre la parole dans les salles de cinéma (en conséquence de quoi il ne pouvait pas y avoir de réplique, ou de débat). Les arguments qu’ils développaient étaient soigneusement élaborés en haut lieu, et pourtant, ces four minute men étaient censés parler en leur nom propre. De nouveaux thèmes étaient mis en avant régulièrement (un nouveau thème pouvait apparaître toutes les semaines ou tous les mois, selon la fréquence des films et la taille de la ville). Malgré la structure très rigide de l’organisation décidée par le comité Creel, les four minute men étaient en général des propagandistes convaincants : même si les thèmes qu’ils devaient aborder leur étaient imposés, ils savaient les adapter en fonction de leur caractère propre, ainsi que celui de leur public. Cette capacité à s’adapter leur était d’ailleurs recommandée. Ainsi, dans un bulletin du comité paru en 1917, on peut lire :
A Four Minute Speaker … selects from the budget that material which is backed by his strongest convictions: then his presentation will be all the more forceful. … Within the limits necessarily fixed to insure the adequate presentation of essential points, each speaker prepares his own speech. (CPI 1917)
- 13 Ce qui est paradoxal car le président Wilson avait été élu, entre autres choses, sur la base de pro (...)
39On peut donc dire que dès la Première Guerre mondiale, le gouvernement américain organise une structure de propagande qui permet à l’exécutif d’exercer un contrôle sur l’opinion publique. Ce contrôle est en l’occurrence conçu pour convaincre le peuple de la nécessité d’entrer en guerre.13 Mais le recours quasi systématique à l’exagération, à la déformation ou à la falsification discréditera doublement le CPI et l’usage qu’il faisait de la propagande. Ainsi, après la Première Guerre mondiale, de nombreux Américains se diront dégoûtés d’avoir été ainsi manipulés par leur propre gouvernement (BROWN 2003). Ceci contribuera dans les années qui suivirent à une méfiance accrue de leur part (Guth 2002). C’est la raison pour laquelle les incarnations ultérieures d’agences américaines ayant pour mission de diffuser et contrôler l’image des États-Unis à l’étranger (ou encore au sein de ses propres frontières) veillent à s’éloigner le plus possible du terme propagande (dont la résonnance en langue anglaise est encore plus négative que dans de nombreuses langues latines). Par euphémisme, ces agences auront recours au terme information, ou plus récemment public diplomacy (Cull 2008). Notons d’ailleurs cet aveu de Gullion, à qui l’on attribue généralement la paternité du terme :
I would have liked to call it propaganda. It seemed the nearest thing in the pure interpretation of the word to what we were doing. But propaganda has always had a pejorative connotation in this country. To describe the whole range of communications, information and propaganda, we hit upon 'public diplomacy.' (Arndt 2005, 480)
John Lackey Brown, public diplomat par excellence
40Passons maintenant directement de la Première Guerre mondiale à la guerre froide. Avant même sa création officielle, l’USIA eut recours à des techniques plus sophistiquées pour convaincre les Américains (et surtout leurs représentants au Congrès) que le financement de "programmes d’information" était d’une grande importance (Cull 2008). Au vu de l’aversion américaine vis-à-vis de la propagande développée après la Grande Guerre, on prit grand soin de préciser que l’agence d’information ne serait pas directement sous la hiérarchie du département d’État. Par ailleurs, il fut spécifié que les productions qui émaneraient de l’USIA n’auraient pas pour cible le peuple états-unien. Enfin, l’USIA participa durant toute la guerre froide à projeter une certaine image des États-Unis par le biais de vecteurs très différents, et en apparence apolitiques (Scott-Smith 2002). Mentionnons entre autres choses les échanges universitaires et la culture au sens large du terme (les lettres, les arts, les sports). Les agents chargés de la propagation de l’image américaine furent nombreux et variés. Plutôt que d’en dresser une liste ou encore d’esquisser de trop rapides portraits, nous proposons ici de nous concentrer sur l’un des public diplomats les plus marquants de la guerre froide : John Lackey Brown. Tout au long de sa carrière, il occupa à lui seul l’ensemble des fonctions qu’il est maintenant coutume de classer sous l’appellation public diplomacy.
41John Lackey Brown, né le 29 avril 1914 dans l’état de New York, fit de brillantes études aux États-Unis et en France. Parmi les éléments remarquables de son parcours étudiant, on mentionnera notamment son passage par l'Ecole des Chartes et par la Sorbonne, de 1936 à 1938. En 1939, il décrocha son doctorat à l'Université catholique de Washington.
- 14 Pour davantage d’informations, voir le site de la BNF : <http://data.bnf.fr/12593542/john_lackey_Br (...)
42Lors de la Seconde Guerre mondiale, Brown fut chef adjoint des publications étrangères à l’Office of War Information (1942-1943) puis fit partie de l’Office of Strategic Services. Après la guerre, il s’établit à Paris. Il était alors l’éditeur européen de la Houghton-Mifflin Company et correspondant étranger de l'édition du dimanche du New York Times.14 Il contribuait aussi à de nombreuses revues européennes et américaines (1945-1949). De 1949 à 1962, M. Brown travailla directement pour le gouvernement américain. Il fut directeur de l'Administration de la coopération économique pour la division de l'information du Plan Marshall en France, chef des services régionaux pour le service d'information des États-Unis à l'ambassade américaine à Paris (1950-1954) et attaché culturel à l'ambassade américaine à Bruxelles (1954-1958), puis à Rome (1958-1962).
- 15 Signes, Paris, Henneuse, 1956, Poids et mesures, Paris, Henneuse, 1958, Une autre langue, Milan, Il (...)
- 16 Il obtint entre autres le grand prix de la critique du Syndicat des critiques en 1954 pour le recue (...)
43De retour dans les Amériques (il partageait son temps entre les États-Unis et le Mexique), il eut une carrière universitaire très riche et accomplie. En plus de ses enseignements en littérature et civilisation, il produisit nombre d’ouvrages et d’articles remarqués. Sur la fin de sa carrière, il fut même professeur Fulbright le temps d’une année. Cet homme érudit était aussi un poète, comme en témoignent de nombreuses publications.15 Il fut par conséquent décoré de divers prix littéraires.16
- 17 Il s’agit là de l’expression et de la graphie consacrées. C’est donc à dessein qu’officer est sans (...)
44Son parcours est impressionnant. Toutefois, en quoi était-il public diplomat ? Ce label recouvrait-il les pratiques d’un diplomate ou celles d’un propagandiste ? Au sens strict du terme, John Lackey Brown était public diplomat tant qu’il travaillait pour l’USIA ou pour son pendant à l’étranger, l’United States Information Service (USIS). Techniquement parlant, il était alors Foreign Service officer17 (FSO). Comme tout FSO, il ne pouvait être arrêté ou détenu par les forces de l’ordre locales, son domicile ne pouvait être perquisitionné, et il ne pouvait être poursuivi en justice dans le pays d’accueil. Sa famille directe (c'est-à-dire son épouse et ses deux enfants) bénéficiait de ces mêmes droits. Autrement dit, il bénéficiait de l’immunité et de l’inviolabilité habituellement réservées au corps diplomatique.
- 18 Même si cela posait problème les dimanches. Voir Brown 1964.
45Les locaux où il officiait faisaient partie de l’ambassade des États-Unis. À ce titre, il avait droit à certains privilèges associés, dont l’accès à un engin motorisé et un chauffeur pour les missions à effectuer hors de l’ambassade.18 En cela, ce type de public diplomat est en tous points un membre du corps diplomatique américain, et la public diplomacy est alors à reconnaître pleinement comme une forme de diplomatie.
46Néanmoins, au regard des sens modernes que l’on attribue aujourd’hui à l’expression, il était également public diplomat alors qu’il travaillait pour l’Office of War Information (OWI) pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que pour l’Office of Strategic Services (OSS) ; c'est-à-dire l’ancêtre de la Central Intelligence Agency (CIA). Nul ne connaît dans les détails les activités qu’il pratiquait au sein de ces agences de renseignement, car bon nombre comprennent une dimension secrète. On sait néanmoins que ses qualités de lecteur et de rédacteur furent largement utilisées. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il était donc public diplomat au sens militaire du terme. Peut-on dire pour autant qu’il pratiquait une forme de diplomatie ? Ne sommes-nous pas davantage du côté de la propagande ?
47Public diplomat, il l’était aussi lorsqu’il travaillait au sortir de la guerre pour le New York Times. Là, il était acteur d’une public diplomacy que l’on pourrait qualifier de journalistique (Parry-Giles 2002, 31). L’étude de certains articles rédigés par Brown à l’époque (Brown 1945, octobre 1946, décembre 1946, 1947) montre que son rôle était alors de prendre le pouls de la scène littéraire française, mais aussi de rendre compte de l’arrière-plan politique qui caractérisait l’environnement idéologique de l’intelligentsia française. L’Amérique craignait déjà que les élites de certains pays d’Europe soient attirées par l’idéologie communiste.
48Même si au cœur de la public diplomacy des États-Unis se trouve la projection extraterritoriale de l’image du pays à des fins de politique étrangère, d’autres éléments ne doivent pas être négligés. En sus de son rôle avoué, tout diplomate a aussi pour fonction de recueillir des informations dans le pays hôte, de les analyser et synthétiser puis de transmettre les plus signifiantes et les plus utiles à sa hiérarchie (Bély 2015). Il en va de même pour un public diplomat.
- 19 Baker confectionnera une paire de chaussons pour le fils aîné de Brown alors qu’il était tout bébé.
49Enfin, son travail pour une maison d’édition comprenait une dimension publicitaire. On remarquera en particulier ce que révèle en la matière sa correspondance épistolaire suivie avec Joséphine Baker. Lors de premiers échanges, Brown cherche à tous prix à ce que l’artiste franco-américaine signe un contrat avec la maison d’édition qu’il représente (Ricaud 2014). Au vu de la carrière de l’artiste, mais aussi en fonction de l’époque, il estime que le temps est venu pour une publication de son autobiographie. Baker est alors l’incarnation d’une Amérique où même les Afro-américains issus de milieux pauvres peuvent réussir. Par la suite, Baker devient une amie intime de Brown.19 Celui-ci se mue de facto en son agent littéraire. Il va alors se battre pour que son amie puisse raconter son histoire dans tout ce qu’elle a de singulier, en évitant les clichés.
- 20 L’Informational Media Guarantee (IMG) de 1948 stipule que le gouvernement américain peut financer l (...)
50Brown n’était pas le genre d’homme à retourner sa veste. Cette apparente volte-face est à interpréter avec précaution. D’une certaine manière, tant qu’il représentait la maison d’édition Houghton Mifflin, Brown pratiquait (malgré lui) une public diplomacy réaliste : il fallait atteindre un objectif précis à court terme (signature d’un contrat). Par ailleurs, cet objectif pouvait servir la politique étrangère des États-Unis. Dans le cadre de la guerre froide, il était important de démontrer aux Européens instruits (et donc influents), que l’Amérique n’était pas raciste. La publication d’une autobiographie de Baker à ce moment précis de la guerre froide aurait pu aller dans ce sens.20
51En devenant un ami privilégié de Joséphine Baker, et son agent de fait, Brown effectue sa mue en tant que public diplomat. C’est désormais la dimension relationnelle qui s’inscrit dans la durée qui prime (son amitié avec la chanteuse-danseuse-diseuse). Il préfère qu’elle puisse raconter son histoire dans tout ce qu’elle a de complexe, quitte à ce qu’elle n’obtienne pas de contrat tout de suite. Ce moment charnière dans la correspondance entre Brown et Baker est à mettre en relation avec la dimension plus large du rôle d’un public diplomat, et avec la question de la dichotomie diplomatie / propagande.
52Au regard des fonctions militaires et publicitaires qu’il occupa, John Lackey Brown fut amené à pratiquer une public diplomacy réaliste avant d’être employé en tant que Cultural Affairs Officer (CAO) pour l’ambassade des États-Unis. Dans cette autre fonction, il fut un tender-minded public diplomat, c'est-à-dire un idéaliste. C’est à ce titre que John Lackey Brown était perçu comme le public diplomat par excellence.
- 21 Pour un aperçu poétique du rôle du CAO, voir Arndt 2005, xx.
53On attend du Cultural Affairs Officer qu’il exécute les tâches professionnelles qui lui reviennent.21 La première de ces tâches est d’administrer des échanges scolaires et universitaires (Fulbright entre autres). Le CAO organise aussi les expositions ou les tournées d’artistes américains. (Brown 2007) C’est la partie la plus visible du travail de ce chargé de culture, et c’est aussi celle qui est la plus appréciée. En cela, et pour privilégier le terme français, on pourrait dire que le CAO est un attaché culturel.
54L’attaché culturel américain doit aussi montrer que les États-Unis s’intéressent à la culture locale. D’où l’importance d’être présent à de nombreuses cérémonies, ou pour reprendre un trait d’esprit de John L. Brown, ce n’est pas tant la présence de l’attaché culturel qui importe, mais sa non-absence (Brown 1964). Ce n’est pas tant le contenu de son discours qui importe mais le bon usage des topoi et la maîtrise de la forme. Ce ne sont pas tant les noms cités qui importent mais l’ordre dans lequel ils sont cités. Au même titre qu’un diplomate, un public diplomat doit posséder un certain sens du protocole et de l’étiquette.
55Mais d’une certaine manière, la simple exécution des quelques missions énumérées ci-haut aurait fait de Brown un tâcheron. Or, au dire de ceux qui l’ont connu, il était l’essence même de la public diplomacy (Arndt 2005). Si ce n’étaient les missions qu’on lui confiait qui permettaient de véhiculer une image positive des États-Unis en Europe, alors qu’était-ce ? Quel était donc ce supplément d’âme qui faisait de lui le public diplomat par excellence ?
56Tout d’abord, il y avait sa très grande culture et sa perpétuelle curiosité intellectuelle. Lors de ces cérémonies, il était amené à parler de tout type de culture, à toutes sortes de gens. De la culture populaire aux œuvres les plus classiques, des plus connues aux plus obscures (Brown 1964).
57Ensuite, et c’est là que l’on peut véritablement parler de diplomatie, il était constamment en train de jongler entre un enthousiasme non feint pour des projets culturels et un détachement certain qui lui permettait de ne pas s’engager sur des sujets épineux. Il maniait avec aisance le logos. Enfin, il maîtrisait à la perfection les langues des pays où il était envoyé, au point où il était capable non seulement de dialoguer, mais aussi de publier en langue étrangère.
58Toutefois, et c’est là où il devient nécessaire de s’attacher à nouveau à la personne, John Lackey Brown estimait que sa véritable mission ne consistait pas à recevoir ceux qui avaient une demande à formuler à l’Amérique au sein de l’ambassade, mais plutôt d’aller à la rencontre de tous les autres. Pour lui, la véritable bataille pour gagner les cœurs et les esprits, si l’attaché culturel y parvenait jamais, était là, dans la capacité à aller à la rencontre des gens et à nouer des amitiés durables. Pour ce faire, il s’était donné comme règle de quitter l’ambassade et la capitale pour la province au moins dix jours par mois. Et c’est au contact de gens qui ne le sollicitaient pas qu’il se sentait le plus à l’aise.
59Malgré sa très grande culture, c’est bien grâce à l’humour et son sens du dialogue qu’il faisait face aux situations les plus improbables. Traire une vache d’un descendant de Tocqueville en Normandie, accepter comme offrande un coq qui ne cessa de vouloir lui crever les yeux lors du discours officiel, dialoguer sur les bienfaits de la musique baroque avec un intellectuel qui ne cachait pas son anti-américanisme lors d’une cérémonie dans quelque province reculée des Flandres, voilà selon Brown le véritable travail de l’attaché culturel. Et c’est à ce titre qu’il estime avoir contribué à l’amitié américano-européenne. Selon ses propres dires, les institutions sont in fine ingrates alors que les amitiés, elles, perdurent. Et il ne rechignait pas à la tâche, même si pour nouer celles-ci il fallait passer de la culture à l’agriculture (Brown 1964).
60On se rappelle de cet homme de lettres et de ce diplomate pour sa finesse littéraire. Son Panorama de la littérature contemporaine aux États-Unis, (Brown 1971 [1954]) par exemple, témoigne de sa très vaste connaissance du monde littéraire américain, mais aussi de sa maîtrise inégalée de la langue française, puisqu’il a contribué à de nombreuses traductions.
- 22 En voici quelques-unes: l'Association Française d’Etudes Américaines, le Salzburg Global Seminar, l (...)
61Nul doute, Brown faisait partie de la fine fleur des literati américains. C’est à ce titre qu’il fut employé par le département d’État américain, puis par l’USIA : pour nouer par le biais de la culture des liens durables avec les élites européennes. Ces élites, pensait-on alors, seraient autant de réseaux qui se feraient à leur tour le relai de l’Amérique. Toutefois, et c’est là où les techniques usitées sont bien plus subtiles que celles pratiquées lors de la Première Guerre mondiale, on n’attendait pas des élites européennes qu’elles se contentent de répéter verbatim quelque message qui leur aurait été confié. Bien plus que de simples antennes, ces réseaux d’Européens influents contribuaient à la diffusion d’un message américain tout en y injectant leur propre grille de lecture (Scott-Smith 2006, 4). L’objectif sous-jacent était de montrer que l’Amérique possédait elle aussi une culture littéraire qui témoignait de son identité, et que celle-ci méritait d’être enseignée. D’une certaine manière, Brown contribua à la pérennité des American Studies en France et en Europe. L’empreinte est durable, puisqu’aujourd’hui, les départements d’anglais des universités françaises comptent tous un ou plusieurs spécialistes des États-Unis. Par ailleurs, il existe de nombreuses sociétés d’études américaines en Europe.22 Nous avons aujourd’hui entièrement perdu de vue que ces entités sont autant d’émanations de la guerre froide. Chez le diplomate comme chez le propagandiste, cette capacité à se faire oublier est une grande qualité.
Public diplomacy 2.0 : les Twitterati
- 23 L’un des mantras de la public diplomacy est l’expression "the last three feet". L’idée sous-jacente (...)
62Aujourd’hui le rôle du public diplomat semble avoir changé. Là où les rapports humains établis par l’attaché culturel primaient jadis, la visibilité virtuelle a pris le pas. Là où le dernier mètre était l’adage quasi officiel,23 il pourrait aujourd’hui être remplacé par le dernier tweet (Comor et Bean 2012). Certes, la dimension relationnelle et la notion de réseaux continuent d’exister. Mais celles-ci fonctionnent de plus en plus via la médiation d’un écran.
63Or, comme chacun le sait, celui-ci a tendance à déshumaniser, même s’il permet par ailleurs de démultiplier les réseaux et d’en accélérer le fonctionnement. Prenons un exemple : une fiche de poste récente de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince explique que les échanges culturels se feront aussi par voie de medias sociaux et par visioconférence.24 Par ailleurs, le e-teacher scholarship program a pour objectif de virtualiser l’enseignement de l’anglais tout en maximisant le nombre de bénéficiaires de ce programme. L’argumentaire précise que ce sera là un moyen d’atteindre un plus vaste public, répondant ainsi à des critères chiffrés.
64Cette logique de visibilité virtuelle où le rendement, chiffre à l’appui, a pris le pas sur les relations humaines au sens propre du terme n’est pas sans entamer l’essence de la fonction de l’attaché culturel. Pour nouer des rapports avec les gens, il faut passer du temps avec eux, manger avec eux, les écouter. C’est dans cette intimité que se gagne la bataille du cœur et des esprits. D’ailleurs, la métaphore qu’employait souvent John Lackey Brown pour décrire son métier était celle de la relation amoureuse. Pour lui, la public diplomacy ne pouvait fonctionner que si les deux membres du couple participaient activement à cette relation. L’outil informatique permet peut-être à deux amoureux de surmonter temporairement l’épreuve de la distance, mais en aucun cas ne se substitue au réel. Il en va de même pour la public diplomacy. Les choix récents qui ont été faits par l’administration Bush et Obama (tout particulièrement lorsque Hillary Clinton était secrétaire d’État) obéissent à des logiques de visibilité opérées sous contrainte budgétaire (Cull 2013). Ces choix donnent aux citoyens américains un aperçu de la relation (réelle ou fantasmée) que leur pays entretient avec le reste du monde. Il y a là des efforts consentis pour travailler l’image américaine. Toutefois, ces efforts fonctionnent tel un miroir. Ce travail sur l’image flatte la nation américaine, mais il n’est pas certain qu’il rende les opinions publiques de pays tiers plus amoureux des États-Unis pour autant.
65A l’heure des réseaux sociaux, maintenant que le monde n’est plus bipolaire, ni unipolaire, et là où nous sommes saturés d’informations alors que nos aînés étaient en quête de celles-ci (NYE 2004), la fonction du public diplomat a changé. On demande à celui-ci des preuves de son efficacité, et au vu des technologies existantes, on exige de lui une très grande rapidité d’exécution. On attend de lui qu’il soit plus rationnel et que ses actions soient moins onéreuses. Les public diplomats d’antan étaient autant de literati. Aujourd’hui, de l’aveu même de l’ancienne secrétaire Clinton, l’idéal type du département d’État est incarné par les Twitterati (Lichtenstein 2010) maniant avec aisance les déclarations courtes (140 signes) et spontanées que leur permettent leurs smartphones. Mais la relation amoureuse peut-elle se résumer à sa déclaration (de surcroît virtuelle) ?
66Tout au long de cette étude, nous avons passé en revue les nombreuses formes que prend la public diplomacy des États-Unis. Il y a tout d’abord son appréhension linguistique. Même si, selon le topos en vigueur, le terme n’apparaît pour la première fois qu’en 1965 pour désigner l’ensemble des activités menées par les États-Unis pour gagner les cœurs et les esprits lors de la guerre froide, une analyse quantitative d’articles du New York Times révèle que c’est seulement après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 que le terme entre dans la langue de tous les jours. Il y a ensuite la public diplomacy en tant qu’ensemble de praxen. Celles-ci varient, mais peuvent être regroupées en six corps de métier (journalistes, publicitaires et militaires d’une part, et d’autre part attachés culturels, diplomates des temps modernes et régisseurs d’appariements). Les pratiques issues de ces métiers peuvent elles-mêmes être regroupées en deux familles philosophiques antagonistes (les réalistes d’une part, et les idéalistes de l’autre). Fort de ces constatations, nous définissons la public diplomacy comme étant la projection extraterritoriale de l’image des États-Unis à des fins de politique étrangère. Ce sont les périodes de guerre qui font naître les institutions régissant la public diplomacy des États-Unis. Ainsi, la Grande Guerre vit la mise en place du comité Creel. Celui-ci chercha à persuader le public américain de la nécessité pour les États-Unis de sortir de leur isolationnisme et de prendre part au conflit européen. Les méthodes employées pour convaincre furent simplistes au regard de celles, subtiles et multidimensionnelles, déployées par l’USIA lors de la guerre froide. Dans le face à face qui opposait l’idéologie américaine au communisme, Washington visait alors à garder ou rallier l’Europe occidentale en son camp. La culture, entres autres, fut utilisée par les public diplomats américains pour nouer des liens durables avec les élites européennes, dans l’espoir que ceux-ci se feraient ensuite les relais du message américain au sein de leur concitoyens. Nul n’incarna mieux cette public diplomacy que John Lackey Brown, homme de lettres et d’esprit. Toutefois, la période contemporaine semble ne plus prêter la même valeur aux literati. À l’heure où les guerres sont asymétriques et le monde multipolaire, Foggy Bottom semble préférer le virtuel au réel, ne serait-ce que parce que les nouvelles technologies sont plus en vogue et moins onéreuses. Le département d’État préconise désormais l’usage de consulats virtuels, de Facebook et autres Twitter pour remplacer les public diplomats et leurs actions. Toutefois, nul n’est dupe : outre le fait que la 'Guerre contre la terreur' n’est pas la guerre froide, le résultat de cette public diplomacy 2.0 n’aura pas les effets escomptés.
67Mais, au regard des incertitudes quant au rôle que joue réellement la public diplomacy lors d’un conflit et l’incapacité à en quantifier les effets, l’essentiel est ailleurs.
68Les définitions originelles de la public diplomacy des États-Unis envisagent celle-ci comme façonnant les opinons publiques étrangères. Nous sommes toutefois d’avis qu’à l’instar du Creel Committee, elle façonne aussi la manière dont les citoyens américains perçoivent les actions de leur propre pays au sein du concert des nations. Métaphoriquement, la public diplomacy des États-Unis est donc une espèce de miroir qui permet de flatter l’opinion publique américaine en vue d’en obtenir le consentement.
- 25 Le terme est problématique, voir Maguire, 43-52.
69Dans cette optique, on peut concevoir la public diplomacy des États-Unis du XXIème siècle et le discours contemporain qui l’accompagne comme faisant partie d’un arsenal rhétorique. En évoquant la place qu’a occupée celle-ci lors de la guerre froide, les administrations Bush et Obama évoquent un mythe qui permet de justifier la 'Guerre contre la terreur'.25 En prônant l’usage des réseaux sociaux comme autant de moyens de dessaisir les autocrates et autres entités violentes et illégitimes, les présidents américains contribuent à alimenter un mythe selon lequel l’industrie des communications high-tech produit des armes démocratiques.
70A ce titre, la public diplomacy des États-Unis n’est pas simplement à situer entre diplomatie et propagande. La notion de réseaux d’influence côtoie aussi celle du storytelling et autres vecteurs d’acte marchand. Mais comme l’atteste la date de publication de Propaganda (Bernays 1928), le phénomène n’est pas nouveau.
Bibliography
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Annex
Annexe 1

Ellsworth Young (1866–1952) - This image is available from the United States Library of Congress's Prints and Photographs division under the digital ID cph.3a21126.
Annexe 2

Harry Hopps, "Destroy this Mad Brute," Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. 20540 USA. LC-DIG-ds-03216.
Annexe 3

Fred Spear, "Enlist," June 1915.Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. 20540 USA LC-USZC4-1129.
Annexe 4

"Your forefathers died for liberty in 1776 - What will you do for it in 1917? Buy Liberty Bonds." United States Library of Congress's Prints and Photographs division under the digital ID cph.3a22080.
Notes
1 Les spécialistes de la propagande dénombrent trois types de propagande : blanche, grise et noire. La propagande blanche ne tente pas de cacher la source d’où émane l’information. À l’inverse, la propagande noire dissimule la source ou encore falsifie la provenance d’un document, d’une information, etc.
2 Voir le chapitre de Lucien Bély dans le présent volume.
3 Selon le dictionnaire en ligne Oxford Dictionaries l’expression fait référence à ceux qui s’expriment fréquemment via le réseau social Twitter. D’autres définitions insistent sur le nombre élevé de suiveurs (followers).
4 Selon l’expression italienne, traduttore, traditore.
5 Au-delà de Twitter au sens strict, on remarquera que le site du département d’État des États-Unis inclut aussi des icônes pour les utilisateurs de Facebook, de Tumblr, de Flickr, d’Instagram, de Google+ et de Youtube.
6 A l’origine, toutes les agences de publicité de New York se concentraient sur Madison Avenue.
7 Cette dichotomie remonte à la classification du philosophe William James, qui s’appuyait sur le caractère des philosophes bien plus que sur leur philosophie. On constate à nouveau l’importance des praticiens, de leur praxis. C’est Terry Deibel et Walter Roberts qui furent les premiers à appliquer à la public diplomacy cette classification, en appliquant la pensée de James aux relations internationales (Deibel et Roberts, 1976).
8 Voir par exemple les travaux récents de Simon Anholt, qui rebaptise le phénomène place branding.
9 Auquel cas on trouve parfois l’appellation strategic communication.
10 Sur la plaque apposée à l’entrée du bâtiment qui hébergeait les bureaux de l’USIA à Washington DC, on pouvait lire "Telling America’s Story to the World". C’était le slogan de l’agence.
11 L’expression est ici utilisée de manière anachronique. Certains (Cull 2008) attestent que c’est en 1965 qu’Edmond Gullion utilisa pour la première fois le terme pour désigner l’ensemble des pratiques qui contribuaient à gagner les cœurs et les esprits lors de la guerre froide. D’autres (tels Walter Roberts) expliquent avoir entendu le terme bien avant, sans pour autant produire de dates ou de documents à l’appui.
12 <http://www.presidency.ucsb.edu/ws/?pid=75409>.
13 Ce qui est paradoxal car le président Wilson avait été élu, entre autres choses, sur la base de promesses électorales promettant la paix.
14 Pour davantage d’informations, voir le site de la BNF : <http://data.bnf.fr/12593542/john_lackey_Brown/>.
15 Signes, Paris, Henneuse, 1956, Poids et mesures, Paris, Henneuse, 1958, Une autre langue, Milan, Il Pesce d'Oro, 1961, Numina, Paris, Henneuse, 1969, Hommages, Washington DC, Proteus, 1980, Shards, Washington DC, Proteus, 1982, Célébrations, Washington DC, Proteus 1990, Awakenings, Washington DC, Proteus Press, 1995.
16 Il obtint entre autres le grand prix de la critique du Syndicat des critiques en 1954 pour le recueil Panorama de la littérature contemporaine aux États-Unis (Brown 1971 [1954]).
17 Il s’agit là de l’expression et de la graphie consacrées. C’est donc à dessein qu’officer est sans majuscule. Le terme désigne des diplomates au sens large du terme : "The mission of a U.S. diplomat in the Foreign Service is to promote peace, support prosperity, and protect American citizens while advancing the interests of the U.S. abroad. ", in <http://careers.state.gov/officer>. C’est nous qui soulignons.
18 Même si cela posait problème les dimanches. Voir Brown 1964.
19 Baker confectionnera une paire de chaussons pour le fils aîné de Brown alors qu’il était tout bébé.
20 L’Informational Media Guarantee (IMG) de 1948 stipule que le gouvernement américain peut financer la publication à l’étranger d’ouvrages qui servent les intérêts nationaux des États-Unis.
21 Pour un aperçu poétique du rôle du CAO, voir Arndt 2005, xx.
22 En voici quelques-unes: l'Association Française d’Etudes Américaines, le Salzburg Global Seminar, l'American Studies Association, la British Association for American Studies, la European Association for American Studies.
23 L’un des mantras de la public diplomacy est l’expression "the last three feet". L’idée sous-jacente est la suivante : quelle que soit la distance qui sépare deux interlocuteurs, la technologie permet de plus en plus d’en faire abstraction. Néanmoins, rien ne remplace la rencontre réelle, le dernier mètre (c'est-à-dire les trois derniers pieds) qui précède la première poignée de main.
24 <http://haiti.usembassy.gov/culturalsection.html>.
25 Le terme est problématique, voir Maguire, 43-52.
List of illustrations
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|---|---|
| Title | Annexe 1 |
| Credits | Ellsworth Young (1866–1952) - This image is available from the United States Library of Congress's Prints and Photographs division under the digital ID cph.3a21126. |
| URL | http://journals.openedition.org/caliban/docannexe/image/3100/img-1.jpg |
| File | image/jpeg, 36k |
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| Title | Annexe 2 |
| Credits | Harry Hopps, "Destroy this Mad Brute," Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. 20540 USA. LC-DIG-ds-03216. |
| URL | http://journals.openedition.org/caliban/docannexe/image/3100/img-2.jpg |
| File | image/jpeg, 100k |
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| Title | Annexe 3 |
| Credits | Fred Spear, "Enlist," June 1915.Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. 20540 USA LC-USZC4-1129. |
| URL | http://journals.openedition.org/caliban/docannexe/image/3100/img-3.jpg |
| File | image/jpeg, 32k |
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| Title | Annexe 4 |
| Credits | "Your forefathers died for liberty in 1776 - What will you do for it in 1917? Buy Liberty Bonds." United States Library of Congress's Prints and Photographs division under the digital ID cph.3a22080. |
| URL | http://journals.openedition.org/caliban/docannexe/image/3100/img-4.jpg |
| File | image/jpeg, 48k |
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| Title | Annexe 5 |
| Credits | Joseph Pennell - Library of Congress, Prints & Photographs Division, LC-DIG-ppmsca-18343. |
| URL | http://journals.openedition.org/caliban/docannexe/image/3100/img-5.jpg |
| File | image/jpeg, 48k |
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| Title | Annexe 6 |
| Credits | Howard Chandler Christy, ca. 1917, "I want you for the navy. Promotion for any one enlisting, apply any recruiting station or postmaster", University of British Columbia. Library. Rare Books and Special Collections. World War I Poster and Broadside Collection. SPAM417C. |
| URL | http://journals.openedition.org/caliban/docannexe/image/3100/img-6.jpg |
| File | image/jpeg, 35k |
References
Bibliographical reference
Raphaël Ricaud, “John Lackey Brown, public diplomat par excellence”, Caliban, 54 | 2015, 273-305.
Electronic reference
Raphaël Ricaud, “John Lackey Brown, public diplomat par excellence”, Caliban [Online], 54 | 2015, Online since 01 December 2015, connection on 21 April 2026. URL: http://journals.openedition.org/caliban/3100; DOI: https://doi.org/10.4000/caliban.3100
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